Santé mentale : l’alternative du cannabis et des hallucinogènes

Santé mentale : l'alternative du cannabis
Développement personnel

Santé mentale : l’alternative du cannabis et des hallucinogènes

Le cannabis et certaines substances psychédéliques comme la psilocybine pourraient devenir des méthodes alternatives à la pharmacopée traditionnelle en santé mentale.

Depuis 2020, le cannabis a été retiré de la liste des drogues dangereuses à la suite des recommandations de l’OMS (Organisation mondiale de la santé). Parallèlement, la recherche sur les substances psychédéliques comme le LSD ou les champignons hallucinogènes s’accélère.

Ces substances pourraient-elles modifier la prise en charge de la santé mentale ?

Les troubles qui touchent la santé mentale sont en augmentation ces dernières années, et ils constituent un problème de santé publique.

Toutefois, la santé mentale est mal prise en charge. 

Une personne sur trois qui souffre de dépression serait résistante aux traitements. Et la moitié des personnes dépendantes de l’alcool rechute six mois après une cure de sevrage.

L’arsenal thérapeutique doit-il se doter d’autres moyens ? Quelles sont les alternatives de soin en santé mentale ?

Le cannabis comme moyen thérapeutique

Santé mentale : l'alternative du cannabis

Depuis octobre 2020, le cannabis peut être utilisé à des fins thérapeutiques en France.

Cependant, aujourd’hui, les médecins français ne peuvent pas encore prescrire du cannabis.

En Allemagne, en revanche, les praticiens prescrivent du cannabis thérapeutique, mais seulement lorsque les autres traitements ne fonctionnent pas. De plus, le cannabis utilisé doit provenir des plantations de l’État afin de respecter la réglementation sur la teneur en principes actifs.

En France, il faudra  pour cela attendre les résultats d’une étude clinique menée depuis mars de l’année dernière. 

Depuis mars 2021, l’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) expérimente les cannabinoïdes sur 3 000 patients. En plus d’élargir le champ des possibilités de prescription du cannabis thérapeutique, cette étude vise à éduquer les professionnels de santé à son usage.

Faire du cannabis un moyen thérapeutique alternatif ne suffit pas. L’ensemble des médecins, infirmiers et personnels soignants doivent avoir reçu une formation pour savoir comment l’utiliser.

Par exemple, au Canada où le cannabis médical est légal depuis 2001, peu de médecins le prescrivent parce qu’ils n’ont pas été sensibilisés à son utilité.

Par ailleurs, cette plante peut susciter une certaine réticence, car il s’agit à la fois d’une plante médicinale et d’une drogue illicite.

Pourtant le cannabis est utilisé comme remède depuis la nuit des temps. 

On retrouve des traces de son usage en Chine et en Inde comme sédatif et anesthésique et contre les douleurs. 

À la fin du XIXe siècle en France, les apothicaires préparaient des potions à base de cannabis, très en vogue pour traiter toutes sortes de maux.

Quels sont les usages autorisés du cannabis ?

Pour l’instant, les médicaments à base de cannabis synthétique ou naturel contiennent :

  • soit du THC (tétrahydrocannabinol) la substance « planante » du cannabis, 
  • soit du CBD (cannabidiol) qui ne modifie pas le fonctionnement psychique. 

Ces médicaments sont utilisés pour traiter les douleurs, les convulsions ou les nausées et les vomissements lors de chimiothérapie.

Cependant, ces médicaments sont parfois consommés en automédication, sans prescription médicale pour d’autres raisons.

« La fumette » ou la consommation du cannabis pour des raisons récréatives existe depuis fort longtemps. Ces utilisateurs déclarent que le cannabis les aide à soulager divers problèmes de santé physique ou mentale.

Une enquête a été menée pour connaître les raisons de cet usage.

Les consommateurs ont majoritairement déclaré en prendre pour atténuer leurs troubles anxieux, leur dépression ou des douleurs. Ces « fumeurs de joints » expriment que le cannabis améliore leur état psychique.

Effet placebo ou réel bénéfice, la réponse n’est pas tranchée.

Les effets du cannabis sur la santé mentale

Santé mentale : l'alternative du cannabis

Les substances contenues dans le cannabis c’est-à-dire le THC et le CBD agissent sur des zones du cerveau impliquées dans une multitude de processus cognitifs et émotionnels. 

Des études ont constaté que chez les personnes dépressives ou en stress chronique, ces régions cérébrales sont moins denses. Ces zones correspondent aux récepteurs cérébraux des substances cannabinoïdes. Alors que les personnes sans perturbation de leur santé mentale n’ont pas de perte de densité sur ces récepteurs.

La consommation de cannabis pourrait alors influencer ces zones cérébrales et atténuer les symptômes.

Cependant, il y a encore très peu de recherches cliniques effectuées sur les modes de fonctionnement du cannabis.

Tout d’abord, cette partie du cerveau appelée « système cannabinoïde » est très complexe. 

De plus, la découverte des récepteurs cannabinoïdes internes à l’organisme humain est récente, puisqu’elle remonte aux années 90.

Ensuite, le cannabis contient des centaines de substances en plus de celles citées plus haut.

Toutes ces molécules agissent sur diverses parties du corps. Par conséquent, il est difficile de déterminer quel composant du cannabis est responsable de tel ou tel effet.

Enfin, l’industrie pharmaceutique ne se précipite pas pour mener de telles recherches cliniques. Les médicaments à base de cannabis représentent de faibles retombées financières, ce qui ne motive pas les laboratoires.

Le cannabis pourrait améliorer l’humeur

 

Santé mentale-l'alternative du cannabis

De nombreux « fumeurs de joints » affirment consommer du cannabis pour ses effets positifs sur l’humeur. 

Les bienfaits du cannabis dans la lutte contre la dépression font débat.

Une étude menée à Vancouver, où l’usage thérapeutique du cannabis est répandu, a révélé que les femmes déprimées présentent, dans leur cerveau, des concentrations réduites de cannabinoïdes, alors que ce n’est pas le cas des personnes en bonne santé mentale. Ainsi, plus la concentration cérébrale en cannabinoïdes est faible, plus les personnes présentent une humeur maussade chronique.

Le THC et le CBD se fixent sur les récepteurs cannabinoïdes internes et influencent la libération de neurotransmetteurs comme la sérotonine, la noradrénaline et le glutamate, qui jouent un rôle important dans le stress et l’anxiété.

De plus, les récepteurs cannabinoïdes de l’organisme sont présents dans les structures cérébrales du système limbique, comme l’amygdale et l’hippocampe, impliqués dans le traitement des émotions.

Nous l’avons vu, les cannabinoïdes influent sur la libération de neurotransmetteurs, notamment dans le système limbique. Or le système limbique est à l’origine des émotions et il est doté d’un centre de la récompense, siège des mécanismes d’action des substances euphorisantes.

Par conséquent, cela peut expliquer pourquoi le cannabis produit un effet relaxant et euphorisant. 

Malgré le peu d’études cliniques sur le potentiel thérapeutique du cannabis sur la dépression, certaines suggèrent un effet antidépresseur. 

Un hôpital californien, qui autorisait les patients souffrant de troubles bipolaires à fumer de la marijuana, a constaté que cela atténuait quelque peu la phase dépressive.

Au Canada et aux États-Unis, le cannabis médicinal est approuvé pour soigner les personnes qui souffrent d’un trouble de stress post-traumatique. Les médicaments  contenant uniquement du THC permettent de réduire les cauchemars des patients traumatisés. 

De ce fait, le cannabis peut représenter un espoir de traitement alternatif des troubles de l’humeur.

Mais attention, tout dépend de la dose.

Si une consommation modérée de cannabis semble améliorer l’humeur à court terme, une consommation excessive intensifie les symptômes dépressifs.

Cannabis : attention, tout dépend de la dose

Santé mentale : l'alternative du cannabis

De petites quantités de cannabis auraient un effet calmant, alors que de fortes concentrations entraineraient de l’anxiété, voire de la panique.

Une  étude sur les effets du THC en a fait la démonstration.

Celle-ci a révélé que les doses modérées généraient moins de stress alors que les personnes qui avaient pris une dose plus élevée de THC, étaient bien plus anxieuses et ont eu plus d’émotions négatives que les autres.

Des adultes en bonne santé devaient faire un discours devant un public. Les volontaires ont consommé des comprimés de THC pur à 7,5 mg et d’autres à 12,5 mg de THC. Les seconds ont ressenti plus d’émotions négatives que les premiers.

Afin de prévenir les utilisateurs, l’université de Calgary (Canada) a publié une revue sur les principaux risques liés au fait de fumer de la marijuana.

Outre la menace d’accident vasculaire cérébral et de cancers des testicules, « la fumette » engendre une altération de la mémoire et des apprentissages, et modifie la structure du cerveau en augmentant la fente synaptique, c’est-à-dire l’espace entre les neurones. L’influx nerveux est ralenti avec une kyrielle de conséquences physiques et cognitives notamment.

En effet, on observe des dysfonctionnements plus fréquents de l’attention, ainsi que des troubles psychologiques, comme des psychoses, des troubles maniaques et une augmentation du nombre de suicides chez les gros consommateurs de cannabis.

Ce sont des facteurs importants à prendre en compte lorsqu’on envisage d’utiliser le cannabis comme moyen thérapeutique.

Vous l’aurez compris, il reste encore beaucoup de choses à éclaircir quant à l’usage du cannabis en santé mentale.

La recherche sur ses effets bénéfiques et néfastes pourrait ouvrir un avenir au cannabis dont l’usage reste jusque là assez marginal.

Les substances hallucinogènes en santé mentale

Santé mentale : l'alternative du cannabis

Les substances hallucinogènes sont à l’étude dans le cadre de recherche de solutions alternatives aux moyens thérapeutiques en santé mentale.

Ces substances sont interdites dans beaucoup de pays, dont la France, car ce sont des substances psychotropes, c’est-à-dire qu’elles agissent sur le cerveau.

Ces molécules agissent sur le système nerveux notamment sur les récepteurs de la sérotonine. Ce sont la psilocybine, le principe actif des champignons hallucinogènes, le LSD (acide lysergique diéthylamide), la mescaline issue du cactus peyotl, ou encore le DMT (N, N-diméthyltryptamine) extrait de la liane ayahuasca. 

Hallucinogènes : un usage ancestral

Il est vrai que les champignons hallucinogènes du genre psilocybe sont utilisés depuis des millénaires dans les rituels chamaniques en Amérique du Sud. Ces substances hallucinogènes sont utilisées pour se relier au sacré, avoir des visions, et profiter d’une expérience mystique.

Cette dimension de transcendance aurait un rôle dans le processus thérapeutique. 

En effet, ces substances modifient l’attention, la prise de décision, la mémoire, la perception du temps et de l’espace, et les perceptions comme la vision, l’audition, le toucher, l’olfaction, l’équilibre, le sens du corps.

En outre, elles perturbent la conscience de soi, la conscience du contrôle de ses actes, la conscience de son corps et de sa position dans l’espace.

Enfin, ces substances agissent sur les récepteurs de la sérotonine, impliquée dans la gestion des humeurs.

Or l’expérience psychédélique qui en résulte est censée dissiper une dépression, un stress ou une addiction. 

Même s’il existe encore peu d’expérimentation sur le sujet, il semblerait que les psychédéliques modulent la plasticité cérébrale en favorisant la réorganisation des connexions entre différents réseaux neuronaux.

L’expérimentation des hallucinogènes en santé mentale

Santé mentale : l'alternative du cannabis

La recherche sur l’usage des hallucinogènes en psychiatrie a été féconde aux États-Unis dans les années 50. Le psychiatre Humphry Osmond utilisait le LSD pour soigner les alcooliques. À l’époque, ces substances étaient vues comme une voie d’accès à l’inconscient. D’ailleurs, le terme psychédélique signifie en grec ancien « rendre visible l’âme ».

Aujourd’hui, compte tenu des limites des traitements actuels contre les troubles mentaux, les hallucinogènes reviennent sur le devant de la scène.

En 2021, deux psychiatres ont publié des résultats sur l’évaluation du LSD et de la  psilocybine contre divers troubles anxio-dépressifs et les addictions. 

Ils concluent que ces substances constituent « des thérapeutiques prometteuses, d’efficacité rapide », avec des bénéfices pouvant durer « plusieurs mois après une prise unique ».

Cependant, ces résultats ont été observés sur un très faible nombre de personnes, alors que pour valider un traitement, celui-ci doit être étudié sur plusieurs milliers. 

En France en 2021, le  psychiatre Luc Mallet, chercheur à l’Institut du cerveau (ICM) à Paris, a démarré la première grande étude française sur les psychédéliques. Ce projet vise à évaluer les possibles bénéfices du LSD contre la dépendance alcoolique. 

Les premiers résultats de ces travaux devraient voir le jour fin 2024. Leur but est de décrypter les mécanismes d’action qui pourraient diminuer l’envie de consommer de l’alcool après l’absorption de psilocybine. En effet, ce type d’hallucinogène pourrait être efficace contre l’addiction à l’alcool.

Des thérapies alternatives sous surveillance

Bien entendu, ces moyens médicaux non conventionnels ne peuvent pas s’envisager hors d’un encadrement médical.

« Ces substances ne sont pas des « médicaments magiques », mais plutôt des outils pour catalyser les psychothérapies », explique Alexandre Lehmann, chercheur en neurosciences cognitives et consultant en recherche psychédélique.

De plus, leur usage ne concerne pas les personnes qui présentent certains antécédents psychiatriques ou des prédispositions de maladies mentales lourdes comme une psychose par exemple.

En effet, les hallucinogènes peuvent provoquer de l’angoisse, des phobies et de la confusion mentale.

Par ailleurs, il existe un risque de dérive vers un usage récréatif.

C’est d’ailleurs ce qui s’est produit avec la kétamine, un puissant antidépresseur également  utilisé de manière détournée pour ses fortes propriétés stupéfiantes dangereuses. 

En conséquence, comme pour l’usage du cannabis médicinal, les hallucinogènes devraient rester réservés aux patients qui répondent mal aux traitements conventionnels.

Néanmoins, ces méthodes thérapeutiques alternatives et non conventionnelles ouvrent la voie à une prise en charge différenciée de la santé mentale.

Références :

  • Black et al., Cannabinoïdes pour le traitement des troubles mentaux et des symptômes de troubles mentaux : une revue systématique et une méta-analyse, The Lancet Psychiatry, October 28, 2019 (en anglais).
  • Sarris et al., Cannabis médicinal pour les troubles psychiatriques : Une revue systématique centrée sur la clinique, BMC Psychiatry (en anglais).
  • Interview d’Alexandre Lehmann, chercheur en neurosciences cognitives, consultant en recherche psychédélique et directeur d’une équipe de recherche sur la plasticité cérébrale à l’université McGill, au Canada (Cerveau & Psycho, 3 mars 2020).
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